Au hasard des réunions et colloques politiques où j’ai l’honneur d’être invité, j’ai rencontré un très jeune, mais déjà extrêmement brillant orateur, en la personne de Monsieur Arnaud Borella-Gouillon. Il est le Président de l’association Solidarité Kosovo qui vient en aide aux Serbes qui ont décidés de rester, envers et contre tout, sur ce sol qui les a vus naître et qui, à présent, ne leur appartient plus. Il a eu la gentillesse de m’expliquer l’histoire de cette terre et le processus qui a conduit un peuple à en être chassé alors qu’elle lui appartenait depuis des siècles.
Il a accepté que nous fassions une interview en deux parties, la première reprenant l’histoire du Kosovo, sur l’Islamisation de cette terre et, peu à peu de l’Europe, la seconde partie abordant plus spécifiquement l’Association Solidarité Kosovo, sa mission, ses objectifs, l’aide qu’elle apporte et l’aide que nous pouvons lui apporter.
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PLH – Arnaud, merci d’accepter de répondre à quelques questions.
Dans un premier temps, rappelez nous l’histoire qu’est celle du Kosovo, devenu un Etat contre l’avis de sa population historique.
ABG - Ce pays qui fut un empire sous le règne de Stefan Dušan au XIVème siècle était autant peuplé que l’Angleterre d’alors. Les édifices religieux florissaient sur tout le territoire et particulièrement au Kosovo-Métochie. Cette région du sud de la Serbie était le cœur de l’empire serbe, avec des résidences royales dans les villes de Novo Brdo ou de Prizren (qui était l’une des plus importantes zones d’échange des Balkans). Les Serbes, peuple de laboureurs, habitaient les plaines où ils cultivaient la terre, tandis que les Albanais, peuple d’éleveurs, habitaient les hauteurs et se livraient à l’art pastoral. Chacun à sa place, chacun à son rôle. L’interdépendance économique et le respect de l’espace de vie faisaient que ces deux populations avaient de bons rapports, sans qu’aucune guerre ou bataille ne les opposa.
Le Kosovo-Métochie était une terre de paix, de culture et d’art. Nul n’aurait pu penser alors que, dans un avenir pas si éloigné, leur descendance vivrait l’horreur des massacres et de l’exil. Le supplice de vivre prisonnier sur sa propre terre et de voir les édifices religieux, construits avec tant de peine et dans le souci du détail, dynamiter sans que personne ne s’en émeuve, représente à présent le quotidien de cette population.
Car l’Histoire a rattrapé la Serbie. Au moment où la conscience nationale serbe se développait, que les artistes créaient des œuvres d’une grande richesse prenant même parfois le devant sur Byzance, au moment où les Serbes pouvaient entrevoir un avenir aussi fleurissant que les autres pays d’Europe occidentale, prenait forme en Asie la puissance qui allait anéantir les générations à venir. Sous la coupe d’Osman I, l’empire des Osmanlis -c’est-à-dire l’empire Ottoman- prenait naissance. Menant une politique d’agression systématique à l’encontre de la civilisation européenne, les troupes ottomanes parvenaient à sceller leur emprise sur le continent européen en 1389. Date fatidique qui restera à jamais gravée dans la mémoire du peuple serbe. L’armée ottomane, puissante et nombreuse veut déferler sur l’Europe toute entière pour la soumettre à son autorité et à sa loi politico-religieuse. Face au Sultan Murat qui mène les troupes ottomanes, se dresse l’armée du prince serbe Lazar. Les Serbes sont en infériorité numérique et sont moins bien équipés que les Turcs. Le combat inégal qui se profile ne laisse aucun espoir quant aux chances de victoire des Serbes. Pourtant le prince Lazar va choisir d’aller à l’affrontement. Préférant mourir pour la liberté que de vivre dans la servitude, Lazar choisit le royaume des cieux au royaume terrestre qu’il aurait pu conserver en se soumettant. S’élançant le 28 juin 1389 dans la plaine du champ des Merles (Kosovo Polje) accompagné de ses plus braves soldats, le prince Lazar est capturé puis décapité. S’en est fini pour celui qui deviendra le Saint Lazar, son sacrifice sera conté de génération en génération jusqu’aux plus profondes enclaves du Kosovo d’aujourd’hui.
L’armée serbe est complètement battue, anéanti. Il ne reste plus un slave vivant sur l’immense plaine de Kosovo Polje. Le sacrifice de ces héros n’est pas sans rappeler celui des 300 spartiates de Léonidas qui, 1900 ans plus tôt, mourraient sous les coups d’une armée asiatique dans une lutte héroïque dans laquelle s’affrontaient déjà deux visions du monde. Le message de Léonidas envoyé à Sparte est celui de Lazar envoyé à l’Europe: les fils d’Europe sont morts à Kosovo Polje pour honorer sa plus vieille loi : la liberté. Cette défaite de l’armée serbe est une défaite européenne. Ainsi, Charles VI fera sonner les cloches de Notre Dame lorsqu’il apprendra l’anéantissement des troupes serbes, sonnant le glas de la civilisation européenne dans les Balkans pendant cinq siècles.
Les chrétiens du Kosovo appartiennent désormais à la “raïa”, ce sont des “dhimmis”, c’est-à-dire des sous citoyens en terre d’Islam. Ils ne peuvent pas occuper de hautes fonctions administratives, n’ont pas le droit de posséder de terre ni d’armes, ils sont soumis à des impôts supplémentaires, et n’ont pas le droit de traduire en justice un musulman. A tout cela s’ajoute le “devchirmé”, littéralement “la cueillette” en turc, qui n’est rien d’autre qu’un impôt du sang. Les Ottomans enlevaient régulièrement dans tous les villages chrétiens de l’empire les plus valeureux enfants qui allaient devenir, après leur conversion à l’Islam, les troupes d’élites du Sultan. Cette pratique avait le double objectif d’apporter à la Sublime Porte le meilleur sang européen tout en affaiblissant les révoltés qui ne souhaiteraient pas tuer un parent dans les combats. Cette position inférieure, les Serbes du Kosovo la garderont jusqu’en 1912.
Imaginez un instant une grand-mère serbe qui meurt sous les bombes de l’OTAN en 1999 dans la honte d’appartenir à un peuple diabolisé, sous une pluie d’uranium appauvri dite “humanitaire”. Cette vieille dame qui expire au Kosovo était née dans la servitude d’être chrétienne en terre d’Islam. Les soldats des forces internationales qui sont intervenus au Kosovo en 1999 pouvaient-ils imaginer, savaient-ils seulement que ces vieux paysans serbes qui fuyaient les massacres avaient connu la soumission à l’Islam ? Ce qui était de l’histoire lointaine apprise dans les livres avait été vécu dans leur chair par ces réfugiés qu’on présentait comme des criminels… La vie de cette dame représente à elle seule le drame de tous les Serbes du Kosovo qui, depuis 1389 n’ont jamais connu la paix. La guerre, la servitude et les pogroms touchent chaque génération dans cet ancien havre de paix devenu enfer.
PLH- Si les Turcs ont été chassés du Kosovo en 1912, comment se fait-il qu’il y ait toujours autant de conflits sur cette terre, près d’un siècle plus tard?
ABG - Un tournant historique bien plus grave et considérable que la conquête ottomane eut lieu dans les Balkans au court du 17ème siècle. L’apostasie des Albanais, leur conversion à l’Islam allait sceller les bases d’un conflit qui se poursuit aujourd’hui encore. N’ayant pas de conscience nationale forte, ni d’Empereurs ou de Saints auxquels se rattacher, la conversion des Albanais à l’Islam allait se faire d’autant plus facilement que leur rapport à la religion, et on pourrait dire aujourd’hui à la politique, a toujours été intéressé. “Là où est le glaive est la foi” dit le proverbe albanais. Et le glaive turc allait frapper fort sur les Albanais.
La majeure partie des Albanais allaient se convertir à l’Islam, tandis que les Serbes soumis aux mêmes supplices resteraient fidèles à l’orthodoxie. Les Turcs se serviront désormais de ces nouveaux convertis pour effectuer la basse besogne de répression sur ces infidèles insoumis qui provoquaient sans cesse des révoltes. Les Albanais islamisés allaient quitter leur montagne pour descendre dans les plaines serbes occuper les postes administratifs et militaires dont les “Dhimmis” sont privés. On commence à ce moment là à avoir les premières minorités albanaises musulmanes au Kosovo-Métochie. Comme on peut le vérifier aujourd’hui en France avec les convertis à l’Islam, les nouveaux musulmans se montrent souvent plus zélés que les musulmans de vieille souche. Ce fut le cas au Kosovo où les nouveaux convertis albanais commirent des atrocités sans nom qui obligèrent même certains sultans à leur demander de calmer leurs ardeurs belliqueuses à l’encontre des chrétiens qui, préférant fuir, ne travaillaient plus pour le compte de l’empire Ottoman. Ainsi en 1690 et en 1737 ce sont près de 140.000 Serbes qui fuient la répression albanaise pour les marches de l’empire austro-hongrois qui assurera leur protection en contre partie de l’engagement des Serbes à défendre la frontière face à l’empire ottoman. L’image de garde frontière de l’Europe devait naître et ne jamais se ternir puisque les gardiens du pont de l’an 2000 à Kosovska Mitrovica en sont les descendants biologiques et spirituels. Cet exode serbe était comblé par l’arrivée toujours plus massive d’Albanais qui venait occuper les maisons et les terres abandonnées par les chrétiens, amplifiant ainsi le phénomène.
PLH – Où peut-on se procurer des livres pour en apprendre d’avantage et quels sont les ouvrages à posséder absolument ?
ABG - La librairie L’Âge d’Homme dispose de très nombreux ouvrages sur le sujet. Il y a également la revue mensuelle B.I dirigée par Louis Dalmas, qui depuis 15 ans s’efforce d’analyser avec brio les différents conflits balkaniques (http://www.b-i-infos.com/).
PLH - Comment se fait-il que des Albanais qui disposent pourtant d’un pays -l’Albanie- aient réussi de manière unilatérale et avec la bénédiction plus ou moins tacite de la communauté internationale à procéder à un tel rapt ?
ABG - Le Kosovo a été donné par les Américains aux Albanais. Sans eux le Kosovo serait toujours partie intégrante de la Serbie. Le Kosovo n’est indépendant de rien si ce n’est de lui-même. Son Islam se radicalise sous la pression et le financement des Wahhabites d’Arabie Saoudite, tandis qu’au même moment se développe une sous culture occidentale qui prend les Etats Unis pour modèle. Le Marché et le minaret ne sont nullement incompatibles, au Kosovo comme dans le reste de l’Europe d’ailleurs.
PLH : Vous pensez donc que, contrairement aux apparences, les Etats Unis ne mènent pas une croisade contre l’Islam fondamentaliste ?
ABG - Je ne le crois pas en effet. Les Etats-Unis sont pragmatiques. Ils dénoncent l’Islam en Afghanistan pour justifier une intervention qui n’a pour objectif que de contrôler des corridors énergétiques et de limiter l’influence russe et chinoise en Asie centrale. Et en Europe ils ont soutenu et soutiennent toutes les minorités musulmanes afin d’affaiblir les Européens. Le soutien à Izetbegovic et aux musulmans de Bosnie dans les années 90, le soutien à l’UCK et aux musulmans du Kosovo en 1999 (alors même que l’UCK était classée comme organisation terroriste par le département d’Etat américain), on pourrait élargir à la Tchétchénie, au Daghestan… Ils jouent leur carte, c’est leur droit. Ce qui me révolte c’est que l’Europe participe à cette mascarade. Nous allons en Afghanistan aux côtés des Américains, nous allons contre les Serbes dans les Balkans! Autrement dit, on va occidentaliser l’Orient alors qu’on laisse s’orientaliser l’Europe! C’est ici, chez nous, en Europe qu’il faut stopper l’avancée de l’Islam!
PLH – En quelques mots, décrivez-nous une enclave serbe.
ABG - Une enclave m’a marquée, c’est celle d’Orahovac. Il y a ici 300 Serbes qui vivent dans les quartiers situés en hauteur de ville. Plus bas, séparés par des murs invisibles et des barbelés prêts à l’emploi, résident 10.000 Albanais. On peut voir depuis la partie serbe une immense mosquée à double minaret ainsi qu’une seconde, sur laquelle flotte le drapeau vert frappé des inscriptions arabes de l’Islam. Depuis la partie serbe nous pouvons entendre l’appel du Muezzin qui 5 fois par jour impose ses mots : “Allah Akbar”. Je me souviens avoir croisé ici un jeune Serbe qui montait alors machinalement le son de son walkman afin de ne pas entendre le cri des conquérants. Geste normal d’un adolescent révolté.
Voilà le quotidien des Serbes du Kosovo. Ils sont enfermés dans des villages qu’ils ne peuvent quitter sans protection. Ils vivent dans des ghettos que personne ne dénonce.
PLH – De quoi vivent les Serbes au sein d’une enclave ?
ABG - Ils vivent essentiellement du travail de la terre, de l’élevage et de petits boulots quand ils en trouvent. Malheureusement, cette petite autarcie villageoise est menacée par les vols en tout genre. Je me souviens m’être rendu dans une enclave où des Albanais avaient volé du bois, une vache et un tracteur. Alors qu’est-ce que cela, qu’est-ce qu’un tracteur lorsqu’en France, chaque nuit, ce sont des dizaines de voitures qui sont incendiées ? Un tracteur, c’était le seul outil de production que les villageois avaient pour labourer les champs, le bois c’était le chauffage pour l’hiver, et la vache c’était le lait pour les plus petits mais aussi le fromage, la crème… Ce qui peut paraître anodin vu de France est en réalité catastrophique au Kosovo. Moins de nourriture, moins de chaleur… Voilà ce qui attendait tous les Serbes de ce village pour cet hiver. Les vols de matériel qui ont lieu chaque jour au Kosovo sont autant de menaces pour la survie des derniers Serbes de cette région.
PLH - En mars 2004, un pogrom antiserbes a secoué le Kosovo durant trois jours. La majorité albanaise du Kosovo, s’est livrée à la destruction de 800 maisons serbes et 35 églises et monastères dont certains datent du XII et XIII siècles. Comment a-t-on pu en arriver à cela ?
ABG – C’est l’aboutissement logique d’une politique d’épuration ethnique systématique menée contre les Serbes de la région qui dure depuis des décennies. Ce qui a surpris c’est que ces pogroms aient pu se dérouler alors même que 30 000 soldats de la KFOR (OTAN) étaient sur place et qu’ils n’ont rien fait (ou si peu) pour les éviter. Les “émeutiers” n’étaient pas seulement des terroristes de l’UCK, c’était la population albanaise dans son ensemble qui est partie à l’assaut des villages et monastères serbes. Au lieu de faire front, les militaires des forces internationales se sont contentés d’évacuer les familles serbes, amplifiant ainsi le phénomène. En effet, les musulmans savaient qu’en attaquant un village, les militaires allaient non seulement ne pas s’opposer à eux, mais qu’en plus ils allaient en quelque sorte faciliter le travail d’épuration en évacuant, pour leur bien si l’on ose dire, les villageois chrétiens.
Un exemple de courage et d’abnégation m’a particulièrement marqué. C’est celui des moines du monastère de Visoki Decani. Ce monastère du 14ème siècle classé au patrimoine mondial de l’humanité est un véritable chef d’œuvre de l’art médiéval serbe. Lorsque les soldats de le KFOR ont frappé à la porte du monastère pour évacuer les moines, ceux-ci ont tout bonnement refusé! Ils préféraient rester et mourir dans leur monastère plutôt que de le laisser se faire détruire sans réagir. Les soldats dépassés par les évènements ont alors protégé le monastère et les moines. Les terroristes albanais n’ont pas pu passer, et à la différence de 150 autres églises, le monastère de Visoki Decani est toujours debout aujourd’hui. Cette histoire, qui n’est pas sans rappeler celle des moines français de Tiberine, est un exemple pour nous tous. Ils ne sont forts que de nos faiblesses. Et lorsque nous ne reculons plus, ils ne passent pas!
PLH – Il est impossible de ne pas faire le parallèle entre l’histoire des Serbes du Kosovo et certaines banlieues de France. Pensez-vous que cette situation puisse également arriver dans notre pays ?
ABG – Je crois malheureusement que cela peut également se produire en France dans les prochaines décennies.
Le bref historique que je viens de dresser nous montre que les musulmans sont devenus majoritaires au Kosovo pour trois raisons :
-Une démographie importante
-Une complicité politique
-Des actes violents envers les non-musulmans
En l’espace d’un siècle cette combinaison effrayante a permis à une zone historiquement, religieusement, culturellement et ethniquement serbe de devenir un état indépendant peuplé à 95% de musulmans, les derniers chrétiens vivants étant parqués dans des ghettos.
PLH- Afin ma dernière question sera de vous demander comment il nous est possible d’éviter que cela n’arrive sur notre sol ?
ABG - Pour que nos enfants ne grandissent pas dans des enclaves, comme les Serbes au Kosovo, nous devons prendre les décisions historiques qui s’imposent face à cette tragédie qui s’annonce. Nous savons ce qui nous attend si nous ne réagissons pas. Alors chacun de nous doit prendre ses responsabilités et s’engager politiquement, associativement, ou tout simplement humainement, à tous les niveaux de la société afin de remporter partout de petites victoires qui permettront la grande.
PLH - Monsieur Arnaud Borella-Gouillon, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions.
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